La Joconde (en trois parties).
Pour la semaine débutant lundi le 29 janvier 2007 je serai dans l’impossibilité de produire mes chroniques régulières. Cependant, puisque vous êtes nombreux à me faire l’indicible honneur de les fréquenter, j’aurais un malaise - et je me sentirais coupable - de vous laisser tomber. Je vais donc vous offrir, en trois chroniques, un dossier sur la Joconde qui devrait, selon moi, vous intéresser. Ainsi je vais m’assurer de demeurer présent dans votre monde virtuel; nous connaissons tous l’adage «loin des yeux, loin du cœur». Alors, bonne semaine et bonne lecture.
DOSSIER SUR LA JOCONDE. (1re de trois parties).
La Joconde a 500 ans. (1re partie).
La jolie Dame a probablement 500 ans. Le regard persistant, les mains nonchalamment croisées, le sourire énigmatique, la Joconde, malgré son âge, continue à séduire les foules et à fasciner les plus passionnés. Histoire d’un tableau inestimable à l’esthétique classique symbole du plus grand musée du monde.
Cajolée dans une salle entièrement restaurée, la salle des États, la Joconde s’amuse depuis bien longtemps des tribulations des visiteurs et de ses protecteurs. Entourée de deux gardiens et d’une horde infinie de conservateurs, admirateurs, administratifs, elle préserve ses secrets et distille parcimonieusement son charme immuable. Mais elle n’en pense pas moins. Imaginons un peu de son intimité.
Nom et adresse.

Une chose est sûre. Si je n’ai jamais révélé ma véritable identité, la postérité a décidé à ma place. Lisa Gherardini, dit Mona Lisa, épouse du notable florentin Francesco di Bartolomeo di Zaboni del Giocondo, pour les spécialistes, la Joconde pour les autres. Je vis depuis longtemps dans une grande maison : le Louvre. Cachée derrière ma cage de verre, je n’ai que très peu de temps pour me reposer. Tous les jours je reçois la visite de personnages aussi différents qu’enthousiastes. Même si je me déplace très peu, je connais le chemin pour venir du dehors jusqu’à chez moi. Il faut descendre la pyramide dans le hall Napoléon, rejoindre l’aile Denon et prendre l’ascenseur pour le premier étage. Arrivés dans les salles rouges, entre le romantisme de Delacroix et la peinture néoclassique de David, les gens pénètrent en général assez hâtivement dans la salle des États où je vole insatiablement la vedette aux magnifiques tableaux du Titien et surtout au gigantesque ‘Noces de Cana’ de Véronèse. D’ailleurs, ils sont assez jaloux et envient mon statut privilégié.
Mes amis du Louvre.

Nous sommes beaucoup à vivre au Louvre. Même si la plupart ne restent pas la nuit, leurs présences quotidiennes m’ont rapprochée un peu d’eux. J’ai appris aussi à les connaître. Il y a les conservateurs souvent là le mardi, jour de fermeture de la maison au public. Ils me scrutent avec intérêt, me sourient avec affection, prennent soin de mon bois et de mes couleurs. Ils sont aidés par des techniciens qui très gentiment acceptent, sans rechigner, les tâches les plus difficiles, lorsqu’il s’agit de ma conservation. Mes amis les plus dynamiques sont sans hésitations les agents techniques de surveillance. Depuis l’interdiction de prendre des photos, pour éviter de m’abîmer la vue et pour mieux gérer le flux considérable de visiteurs, deux gardiens sont, en permanence, de chaque côté de ma grande boîte en verre, épaulés fraternellement par “les gars de l’intervention” (reconnaissables par leurs talkies-walkies). Enfin le soir, quand tout le monde est parti, je reçois la visite chaleureuse des hommes de ménage qui caressent délicatement le carreau de ma fenêtre. Je parais inflexible et pourtant je savoure avec gratitude toutes ces petites attentions. Je pense que les hommes de nuits m’ont plus d’une fois surprise à renoncer à mon sourire retenu pour un rire de joie euphorique.
Les visiteurs.

Il y a surtout les gens du dehors. Ils sont de plus en plus nombreux à s’amasser avec précipitation devant mon visage énigmatique. On vient ici comme en pèlerinage. J’ai appris des langues du monde entier. Le japonais, je le parle couramment parce que je sais qu’ils m’aiment beaucoup. Une grande chaîne de télévision japonaise a même participé financièrement à la restauration de la salle des États. Il y a les Italiens, admiratifs et en colère, persuadés que je suis à eux, les groupes de Chinois, de Russes ou d’Américains. J’aime aussi l’attitude blasée des Parisiens dont je languis quelques fois la présence. Je sens la perplexité, la ferveur et l’émotion. J’entends des affirmations et des interrogations surprenantes, “Est-ce que c’est la vrai ?”, “Elle est petite finalement“, “Elle n’est pas très jolie“, “Pourquoi tout le monde veut voir la Joconde ?”. Je m’amuse du jeu de cache-cache entre les gardiens et les visiteurs tentant de transgresser l’interdiction de filmer ou de photographier. Et enfin, les enfants. Après les grands yeux ouverts d’étonnement et d’incompréhension, attablés contre la rambarde, ils me dessinent et je me transforme en des nuances insoupçonnables. Je ris aussi de les voir courir de droite à gauche pour être sûrs que je les suis du regard. Alors que ce sont eux qui me fixent avec persévérance. Les soirs de mécénats, quand les entreprises organisent une visite pour leurs salariés, je me moque des hommes sérieux en costumes et chaussures vernies. Mais face à moi, ils retrouvent spontanément une attitude juvénile. Source.
Merci d’être là et à la prochaine. Gilles.
gil.suz[a]videotron.ca
Les chroniques de Gilsuz # 60.

Chouette !!! très original comme présentation !!!
bravo
joconophilement votre
el papou
et si vous tapez sur Google”PASSEZMOILAJOCONDE” c’est chez moi !
el papou, je suis allé voir ton blogue; intéressant; et il y a plusieurs très jolies photos.