La Joconde (suite et fin)
LA JOCONDE (4e et dernière partie)
Les scientifiques du CNRC contribuent à élucider les mystères de la Joconde (2e partie).
“Notre travail sur la Joconde a provoqué l’avancement de la technologie encore plus que toute autre oeuvre d’art examinée auparavant“, affirme François Blais, chercheur à l’ITI-CNRC et actuel responsable du développement de la technologie 3D.
Avant de s’envoler pour Paris, l’équipe de l’ITI-CNRC a procédé à des simulations précises du processus de numérisation. Habituellement, la Joconde, réalisée entre 1503 et 1506, n’est retirée de la cellule à environnement contrôlé où elle réside qu’une nuit par an, pour une vérification. Les chercheurs de l’ITI-CNRC en ont eu deux, entre le 18 et le 20 octobre 2004, afin de numériser le dos, le devant et les côtés du tableau en trois dimensions. Ils y ont travaillé chaque nuit, de la fermeture du Louvre jusqu’à l’aube, moment où le tableau était réinstallé à sa place d’honneur, afin que les visiteurs du lendemain puissent l’y admirer.
Le premier soir, l’équipe de l’ITI-CNRC a attendu dans le studio de photo à milieu contrôlé situé dans les caves du Louvre qu’un conservateur du musée – seule personne autorisée à manipuler le tableau – leur apporte ce dernier, sur un chariot, face tournée vers le sol. John Taylor, de l’ITI-CNRC, qui coordonnait l’analyse scientifique, avait déjà eu l’occasion d’examiner d’autres chefs-d’oeuvre, notamment des toiles de Renoir et de Tom Thomson ainsi que des sculptures comme celles de Michel-Ange ou de Bill Reid, mais d’après lui, la Joconde est dans une classe à part.
“Quand le tableau est arrivé, je me suis dit Ouf! On s’attaque à la plus grande oeuvre d’art au monde, l’oeuvre d’un génie. Puis nous avons réalisé que le temps était compté et qu’il y avait beaucoup à faire“, se rappelle-t-il.
L’équipe de l’ITI-CNRC avait mis au point un modèle portatif du scanneur laser 3D couleur spécialement pour le projet. Le modèle avait été testé sur plusieurs tableaux de Renoir au C2RMF en mai 2004. M. Blais avait aussi élaboré de nouveaux algorithmes (des modèles mathématiques) pour prendre en compte le changement graduel des nuances sur la Joconde, dont la surface est extraordinairement lisse.
Il aura fallu plus d’un an pour analyser les données recueillies pendant 16 heures avec le scanneur 3D, par bandes de 4 cm de largeur. Le modèle tridimensionnel a capté et documenté avec précision l’importance du gondolement que présente le panneau de bois sur lequel est peint la Joconde. En effet, le morceau de peuplier employé par Léonard de Vinci présente une courbure convexe au milieu du côté droit. Cette courbure dépasse le bois voisin de 12 millimètres (environ la longueur de l’ongle de l’auriculaire). Le gondolement ne semble toutefois pas menacer le sourire de Mona Lisa.
Avec une précision de l’ordre du centième de millimètre au niveau de l’épaisseur, la numérisation réalisée par l’ITI-CNRC a permis l’analyse la plus détaillée à ce jour des craquelures de la peinture, le lacis qui en morcelle la surface. “Nos résultats corroborent ceux d’études antérieures. Bien qu’elle soit fissurée, la couche de peinture proprement dite reste très bien soudée au peuplier qui lui sert de support, explique M. Taylor. Nous n’avons découvert aucun signe de décollement. Pour une oeuvre vieille de 500 ans, c’est une excellente nouvelle. Elle devrait rester intacte encore très longtemps si on continue de la garder dans une cellule à environnement contrôlé comme c’est le cas présentement.”
Le degré de résolution n’était pas seulement suffisant pour faire ressortir la profondeur des fissures, il a aussi permis de voir la variation d’épaisseur des couches de vernis et de révéler ce qu’il y avait derrière, soit l’esquisse de la Joconde réalisée par le maître.
“L’imagerie 3D a détecté le dessin incisé dans le bois, ce qui nous a appris l’idée générale que de Vinci se faisait de la composition du tableau“, a déclaré Christian Lahanier, chef du service de documentation au C2RMF. Les résultats de l’analyse sont exposés dans un nouvel ouvrage intitulé Au coeur de la Joconde, des éditions Gallimard, ainsi que dans un article scientifique devant être publié bientôt.
Selon M. Blais, le secteur muséologique s’est avéré un excellent terrain d’apprentissage et d’essai au cours des décennies qu’a demandées le développement de la technologie de numérisation 3D couleur au laser du CNRC. “Si elle donne de bons résultats avec des oeuvres d’art, elle trouvera certainement son utilité dans l’industrie“, estime-t-il.
L’exploitation sous licence de la technologie, de l’appareil photo et du logiciel de traitement a été cédée à neuf entreprises canadiennes qui emploient plus de 300 personnes et injectent annuellement près de 50 millions de dollars dans l’économie du pays. Parmi elles, une compagnie d’Ottawa a recouru à cette technologie pour créer la caméra 3D installée sur la navette spatiale Atlantis de la NASA. La caméra sert à vérifier l’état des tuiles du bouclier thermique de la navette durant un voyage. Une autre entreprise, XYZ RGB inc., s’est servi de la même technologie pour réaliser des scènes d’animation très poussées pour des superproductions comme la trilogie Le Seigneur des anneaux et des volets de La Matrice.
Évoquant l’évolution des numériseurs, qui sont passés d’outil industriel à de simples appareils désormais offerts en magasin, M. Blais est persuadé que les Canadiens pourront se procurer leur propre numériseur laser 3D couleur d’ici une vingtaine d’années. La poussée technologique qui nous y amènera émane d’un tableau vieux de cinq siècles. L’équipe de l’ITI-CNRC poursuit d’ailleurs son travail afin de percer les secrets de la Joconde, notamment capter numériquement son regard envoûtant.
“L’image 3D que nous possédons est proche, incroyablement proche de la réalité, mais quand on la voit, on sait qu’il s’agit d’une copie, avoue M. Blais. Nous avons donc commencé à réfléchir à un algorithme de visualisation qui saisirait et reproduirait la profondeur lumineuse si particulière du regard de Mona Lisa. Cette oeuvre magistrale nous pousse à améliorer notre technologie encore davantage.” Source.
Explorez La Joconde (en HTML ou en Flash). Contemplez les résultats de l’étude scientifique tridimensionnelle la plus importante jamais réalisée du tableau le plus célèbre de Léonard de Vinci, tout en apprenant davantage sur les technologies de pointe du CNRC. Entrez dans la peinture.
Examen tridimensionnel de La Joconde.
Les images et animations 3D permettront au non privilégié de pouvoir observer de lui-même et d’explorer à des milliers de kilomètres de Paris, l’œuvre de Leonardo dans ses moindres détails et sans aucun risque pour la peinture elle-même.
Merci d’être là et à la prochaine. Gilles.
gil.suz[a]videotron.ca
Les chroniques de Gilsuz # 63.

Ciboulo, y’en mette des efforts la dedant…. c’est quand même juste une peinture
C’est “juste une peinture”… comme le soleil est “juste un étoile”… et Pavarotti est “juste un ténor”…