Violence à Haïti + Énigme policière # 3
Pour des raisons importantes, imprévues et totalement hors de mon contrôle, je serai dans l’impossibilité de produire mes chroniques régulières pour la période débutant mardi le 13 mars 2007 et se terminant samedi le 24 mars 2007.
D’une part, cela va vous permettre de cliquer sur «Gilsuz», à gauche sur la page d’accueil du site et de lire mes chroniques précédentes (pour ceux qui ne l’ont pas encore fait évidemment).
D’autre part, je vais produire, en lieu et place, des «chroniques allégées» à l’intérieur desquelles vous trouverez :
- le résumé des principales crises humanitaires les moins médiatisées en 2006 selon Médecins sans frontières
- une énigme policière (la solution de chaque énigme paraîtra dans la chronique suivante).
Mes chroniques régulières devraient donc être de retour mardi le 27 mars 2007.

LES CRISES HUMANITAIRES LES MOINS MÉDIATISÉES EN 2006 SELON MÉDECINS SANS FRONTIÈRES.
La violence fait rage dans la capitale volatile haïtienne.

Mis à part un court sursis à la suite des élections présidentielles de février 2006, la violence et l’insécurité étaient répandues partout dans la capitale haïtienne de Port-au-Prince. Même avec un nouveau gouvernement élu au pouvoir, la violence comportait des confrontations entre les divers groupes armés de la ville, la Police nationale Haïtienne et la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) ; de multiples enlèvements et des violences sexuelles.
Le nombre de patients traités dans quatre des structures médicales de MSF à Port-au-Prince indique les répercussions de cet incessant conflit urbain, de faible intensité, sur la population. Depuis décembre 2004, plus de 7000 individus ont dû être traités pour des blessures rattachées à la violence, y compris plus de 3000 victimes de blessures par balle, dont près de 1000 femmes et enfants, et 2600 victimes poignardées. Suite à une forte hausse des violences, au début de l’année 2006, MSF a appelé tous les groupes armés à respecter la sécurité des civils et à permettre l’accès aux soins médicaux d’urgence.
Dans le bidonville appauvri de Cité Soleil, où 200 000 personnes sont effectivement privées d’accès aux services de soins médicaux, MSF a poursuivi son travail à l’hôpital Sainte-Catherine et au centre de santé Chapi pour venir en aide aux victimes de violences et fournir premiers soins et soins de santé maternelle.
Le niveau élevé de mortalité maternelle en Haïti a mené MSF à ouvrir une nouvelle structure de santé en mars 2006 pour fournir des soins obstétriques d’urgence aux femmes vivant dans les secteurs les plus violents. La majorité des 1200 mères qui accouchent chaque mois requièrent des soins obstétriques d’urgence. MSF traite également les victimes de violence sexuelle dans la capitale, leur offrant des traitements psychologiques et médicaux complets.

ÉNIGME POLICIÈRE # 2. L’affaire Sanvin. (Solution).
Miloski a mis le poison dans le 4e gobelet de l’expresso. Le matin à 9 heures, seuls MM. Peruzzi, Bonnami et Bontemps prennent un expresso dans le bureau de Sanvin. Ce dernier le consomme à 10 heures. Le rituel est bétonné par l’habitude. Le risque pour les autres étaient faibles, n’étant ni cardiaques, ni seuls dans leurs bureaux. Une très faible quantité de poison suffisait à un cardiaque, suivant un traitement, pour provoquer la crise. Miloski a acheté le poison à Amsterdan, où la société a une filiale. C’est toujours lui qui intervenait lorsqu’il y avait un problème technique.
ÉNIGME POLICIÈRE # 3.
L’affaire Zucarelli.

Il faisait nuit et froid, ce dimanche matin à 5 h 30 lorsque Blondel rejoignit son équipe sur l’aire de déchargement du supermarché, à côté des poubelles. Plusieurs voitures de police stationnaient, gyrophares en action, derrière l’ambulance qui attendait, portières arrières ouvertes.
- Qui est-ce ? demanda Blondel à Barrière son jeune commissaire.
- Un vigile, Charles Zucarelli. Il a eu le crâne fracassé par un pied de biche. Peut-être a-t-il surpris des voleurs en train de forcer la porte et le pauvre garçon l’a payé de sa vie.
- Où est le toubib ?
- A l’intérieur avec le gars du labo. On a découvert des traces de sang. Chaugard essaye de faire des prélèvements ce ne sera pas facile car le, ou les, agresseurs ont nettoyé le sol.
- Des traces sur le pied de biche ?
- Non ! Ils portaient certainement des gants. Ou bien, ils ont effacé les traces.
Blondel releva la tête en fixant le ciel gris, fit une grimace.
- Pas claire cette histoire. Ce corps transporté…. Ils ont volé quelque chose ?
- Le gérant est là avec plusieurs employés. Ils font un bref inventaire. Pour l’instant, il semble que rien n’a disparu. Paraît qu’ils ont souvent des vols. Le climat est malsain dans le coin.
- Oui, je sais. Comme dans d’autres régions d’ailleurs.
Un policier s’approcha :
- Monsieur le principal. Le patron de Sécurity est là. Je le laisse approcher ?
Blondel acquiesça d’un signe de tête. L’homme se présenta.
- Remo Portegrande, le patron de Sécurity. Il se pencha sur le corps étendu et se redressa vivement. Bon Dieu de Bon Dieu ! Mais c’est affreux. C’est terrible. Mon meilleur élément. Pauvre Charles. Mais dans quel pays vivons nous. C’est plus possible de travailler comme ça. Et dire que c’était un brave type … et sérieux avec ça. Un ancien de la marine. Lui, on pouvait lui faire confiance.
- Je vais avoir besoin de vous monsieur Portegrande.
- A votre entière disposition monsieur le divisionnaire. Vous pouvez compter sur mon entière collaboration. Je n’aurai pas de repos tant qu’on n’aura pas arrêté cette bande de voyous, quoique voyous ce n’est pas le mot…Des assassins ouais ! Salopards ! Je savais bien qu’un jour ça finirait mal. Mais à ce point, je ne pouvais pas l’imaginer.
- Vous savez quelque chose ?
- Bien sûr. Tous les jours je suis au commissariat pour porter plainte contre des agressions, des menaces, dont sont victimes les membres de mon personnel. Des voyous volent dans les rayons sous les yeux des vigiles, dans le but de les provoquer et de déclencher des bagarres.
- Je vous en prie, pas de jugements, de généralités. Je veux des faits précis.
- Eh bien ! Vous tombez bien. Hier soir ce pauvre garçon a surpris un jeune homme en train de bourrer ses poches. Il est intervenu, le jeune a hurlé et aussitôt toute une bande a surgi et lui est tombé dessus. Heureusement qu’il est costaud ; même qu’il a pris un coup de couteau dans le bras. N’empêche qu’il en a envoyé plusieurs au tapis. Pour une fois une de vos patrouilles était dans le coin et a pu intervenir. Ils l’ont sauvé du lynchage. Les voyous se sont échappés mais ont juré qu’ils se vengeraient. Et voilà le résultat.
- Vous les connaissez ?
- Tout comme vous ! Ce sont toujours les mêmes. On ne leur fait rien. Actuellement, il vaut mieux être voyou qu’honnête.
Blondel commençait à manifester des signes d’énervements.
- Je n’apprécie pas ce type d’amalgame.
- On peut disposer du corps ? demanda le docteur de retour avec Chaugard.
- Les photos ?
- C’est fait, répondit Barrière.
- Très bien vous pouvez l’emporter.
- Vous m’excusez monsieur le divisionnaire. J’ai une bien désagréable mission à remplir. Je vais annoncer la bonne nouvelle à la famille. Je ne sais pas si j’aurai le courage.
- Attendez ! fit Barrière en agrippant la manche de Portegrande. Quelque chose me chagrine. Vous prétendez que Zucarelli a eu un accrochage dans le magasin en fin d’après midi et il se fait assassiner vers 2 heures du matin ici. Ils font combien d’heures chez vous ?
Portegrande embarrassé souleva les bras, comme un désespéré :
- Charles a assuré son service de 13 heures à 21 heures, et c’est Di Marco qui l’a relayé. Il secouait la tête comme un désespéré. Figurez-vous qu’à 23 heures 30 Di Marco se paye une crise de coliques néphrétiques. Je suis arrivé, juste comme le SAMU l’emportait. J’ai téléphoné à Charles qui a accepté d’assurer la surveillance nocturne. Le soir c’est moins pénible que la journée. Ce n’est pas la première fois que ça se produit.
- Autre chose, poursuivit Barrière. Hier soir lorsque l’incident s’est produit avec la bande, est-ce que Zucarelli était seul ?
- Non, son collègue Bernard Legrain est aussitôt venu lui prêter main forte. Le samedi après midi est une journée à risques dans notre métier, c’est pour ça que je mets deux costauds. Legrain est un dur. Pas aussi costaud que Zucarelli, mais ce n’est pas un froussard.
- Nous aurons besoin de son témoignage, vous avez son adresse ?
- Oui bien sûr ! En ce moment, il est de service au garage Renault de Saint Egréve. Je vais lui demander de passer vous voir après son service. Il travaille de 5 heures à 13 heures.
- N’en faîtes rien ! Après votre visite à la famille Zucarelli, pourriez-vous passer au commissariat ? Autre chose: en ce moment, nous nageons dans un épais brouillard ajouta Blondel, je vous demande le maximum de discrétion.
- Même pas à mes gars ?
- S’il vous plaît. Je vous demande de patienter un peu. Pas avant cet après midi. D’accord ?
- D’accord monsieur le principal. D’ailleurs, je vous l’avais bien dit au début, vous pouvez compter sur mon entière coopération. A tout à l’heure.
- Attendez ! rappela Barrière, je ne comprends pas pourquoi l’alarme n’a pas fonctionnée. Vous avez une idée ?
- Bien sûr. Le service de nuit a trois rondes à faire. La première à 1 heure. Elle dure environ 30 minutes. Il y a une dizaine de mouchards où ils doivent pointer. Quand ils partent ils coupent l’alarme. Souvent ils ne la remettent pas, à cause des chats.
- Et ensuite ?
- Ensuite, ils rejoignent le poste de surveillance et s’installent devant les caméras.
- Où se trouve le mouchard le plus proche ?
- Là juste à côté, contre le pilier du portail. Y’en a 3 à l’extérieur et 7 à l’intérieur.
- Encore un service s’il vous plaît. Peut-on savoir à qu’elle heure il a pointé, s’il a eu le temps de pointer ?
- Bien sûr ! Passez-moi une lampe de poche.
Blondel fit signe à un policier de l’accompagner. Il revint quelques instants plus tard.
- A 1 heure 15, monsieur le divisionnaire. J’peux partir ?
- D’accord. Merci pour votre aide. Amenez moi, les bandes ou les disques de vos mouchards au commissariat.
Blondel restait rêveur. Barrière réfléchissait tout haut:
- En principe, Zucarelli finit sa ronde vers 1 h 30. A 1 h 15 il était ici. Si le toubib ne s’est pas gouré, il s’est fait assassiner environ ½ heure après, soit 15 minutes après la fin de sa ronde.
- Exactement ce que je pensais. Nous sommes en phases Barrière.
Il ne restait plus sur le terre-plein que quelques policiers et l’équipe du labo qui cherchait des indices à l’intérieur comme à l’extérieur. Les sommets de Chamrousse commençaient à s’éclaircir.
- Alors, que fait-on, monsieur le divisionnaire ?
Blondel hochait la tête :
- Plus on avance et plus on découvre des anomalies. Je n’aime pas les concours de circonstances. Ce n’est pas nous qui découvrons les faits, ce sont les faits qui s’enchaînent et nous entraînent. Le processus idéal pour s’égarer. Je crois que nous devons réagir et précéder les événements. Faut foncer. Je veux bien penser que la bande de voyous est un ramassis de petits cons, mais pour provoquer des vigiles avant de perpétrer un vol, ça me paraît trop con.
- Conclusions ?
- Foncez ! Allez de suite interroger Legrain. Peut-être pourra-t-il nous fournir des informations intéressantes. Surtout, ne traînez pas, rejoignez moi aussitôt après.
La neige commençait à tomber lorsque Barrière se présenta devant le garage Renault. Legrain dormait certainement car Barrière et l’agent qui l’accompagnait durent poiroter plus de 15 minutes avant que la porte ne s’ouvre.
-Ca fait plaisir de voir des policiers, dommage qu’on ne les voit pas toujours quand on en a besoin.
- Vous étiez bien avec Zucarelli quand il a été agressé en fin d’après-midi au Supermarché de La Villeneuve, interrogea Barrière, sans préambules.
- Ouais ! De sales voyous. Y’en même un qui a piqué Zucarelli avec son surin. Heureusement que c’est un costaud, il en a étendu 2, et pas des minces.
- Combien étaient-ils ?
- Une dizaine.
- Vous pourriez les identifier ?
- On les connaît depuis longtemps. Vous aussi d’ailleurs, c’est toujours les mêmes. A croire que la justice les protège. C’est toujours nous qui trinquons.
- Cette nuit, ça a dégénéré. Votre collègue qui était de service de nuit, dans ce Supermarché a été assassiné.
- Non ! Ce n’est pas vrai ? Vous déconnez. Je n’aurais jamais cru qu’ils en arriveraient là… Quoique, avec ces crapules, faut ne s’étonner de rien… Je ne pouvais pas penser qu’ils mettraient leurs menaces à exécution.
- Des menaces ?
- Oui, ils n’ont pas arrêté de lui dire qu’ils auraient sa peau. Qu’ils le saigneraient. Le dire et le faire. Quand même, faut le faire.
- Vous êtes certain de pouvoir les reconnaître et dans ce cas, vous acceptez de témoigner ?
- Bien sûr ! Les salauds ! Après ce qu’ils ont fait à mon ami Charles, je lui dois bien ça. Comment l’ont-ils tué, avec un surin je suppose ?
- Non ! Le crâne défoncé avec un pied de biche.
- Oh ! Les salauds !
- Nous devons agir vite. Je vous emmène au commissariat. Pour prendre votre déposition.
- Eh ! Je ne peux pas abandonner le magasin.
- Aucun problème, mon collègue vous remplacera. Vous comprenez on est pressé.
- J’vous comprends.
Quelques minutes plus tard, ils pénétraient dans le bureau de Blondel. Le patron de la Sécurity, déjà de retour discutait avec le divisionnaire. Blondel attira discrètement Barrière à l’écart et lui murmura à l’oreille.
- Portegrande vient de m’avouer qu’il soupçonne Legrain d’être impliqué dans les vols mystérieux au Supermarché. Il le surveillait.
- Legrain n’est pas seulement un petit voleur, c’est aussi un assassin.
- Quoi ? Vous plaisantez Barrière.
- Absolument pas. Il s’est lui même désigné. Comme le prétendent ” les Guignols de l’Info ” en parodiant mon sportif préféré : ” A l’insu de son plein gré “.
Fin.

Merci d’être là et à la prochaine. Gilles
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Les chroniques de Gilsuz # 82.
